TOURING PEDESTRE ANNECIEN
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Comptes rendus formation interne

Analyse d'une sortie  P2 T2  type

 Ou comment s'adapter au mieux aux circonstances

 

Programmation : les chalets de Vormy le 26 mars 2006           

Niveau P2 T2 raquettes     Carte IGN La Clusaz 3430 OT

 

Animateur : Bruno  Pidello

Départ 8 h 00/durée 5 h 30/ dénivelée 750 m 

Voir les explications sur les niveaux des randonnées :    

Importance des niveaux des randonnées.p[...]
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Il fait beau, même chaud en cette fin mars et la petite station de ski de Romme fonctionne car il y a de la neige jusqu'en bas du tire-fesses. 9 h 20, le groupe démarre. Il y a 14 personnes de capacités physiques différentes.

 

Le BRA est de  2  en dessous de 2500 m.
Qu'est-ce que le BRA ?

 

Le BRA est le Bulletin du Risque d'Avalanche de Météo-France pour la Haute-Savoie. C'est un bulletin qui apporte une évaluation moyenne sur la stabilité du manteau neigeux permettant de se méfier de certaines pentes.

Il ne s'agit pas d'une certitude mais d'une probabilité qui doit influencer notre comportement en randonnée quitte à être un peu frustré par les restrictions imposées.

Il y aura d'autres sorties et la vie vaut bien ce petit sacrifice.

 

1ère prise de décision

Choix de l'itinéraire : le chemin le plus long.

 

Le groupe atteint rapidement les pistes damées. L'unique trace faite par des skieurs de randonnée monte directement vers le haut du télésiège. Le damage des pistes a complètement effacé tout indice de sentier. Le groupe prend tout naturellement la trace montante.

 

Stop, attention ! La sente a une pente  de 22°.

 

Le niveau du groupe n'est pas homogène. Il faut considérer la cadence la plus faible qui est de 200 m/h. Il y a 730 m de dénivelée. Il faudra donc 730 / 200 = 3,65 h soit environ 3 h 40. 

Nous arriverons peu après 13 h au sommet ce qui est correct.

Le chemin dans la forêt est à l'ombre et monte progressivement.

Par contre, il est plus long.

Le groupe choisit le chemin plus long. En suivant la ligne de niveau 1380, on arrive au chemin très large pénétrant dans la forêt.

 

A consulter :

Vers 1550 m pause boisson, déshabillage, bonne humeur. La cadence est agréable, les vues sur le Roc d'Enfer, la Bourgeoise et toutes les Préalpes du Chablais sont belles car l'éclairage et la visibilité sont excellents. La neige est épaisse et arrondit toutes les formes du terrain. La neige transformée est portante et les raquettes ne collent pas.

Vers 1550 m pause boisson, déshabillage, bonne humeur. La cadence est agréable, les vues sur le Roc d'Enfer, la Bourgeoise et toutes les Préalpes du Chablais sont belles car l'éclairage et la visibilité sont excellents. La neige est épaisse et arrondit toutes les formes du terrain. La neige transformée est portante et les raquettes ne collent pas.

Après de chalet des Vuardes, nous passons sous la ligne électrique haute tension qui constitue un excellent repère. C'est là que des skieurs nous rejoignent,  venant par le chemin montant directement du tire-fesses. La sente serpente ensuite dans la forêt avec des pentes irrégulières, débouche dans l'alpage en prenant une direction sud,  et passe à droite du petit sommet coté 1919. Là, la progression devient plus difficile car la neige cède sous les pas des plus lourds qui s'enfoncent jusqu'aux genoux. Galère jusqu'au 1902 où la vue dégagée vers le Buet et  toutes les montagnes voisines  permet une pause de regroupement au soleil.

 

2ème prise de décision

Choix de la trace : il faut passer au milieu.

La Tête de la Sallaz est proche maintenant avec sa corniche habituelle.

Les traces sont faites, mais il y en a un peu partout à cause de la forte fréquentation de ce belvédère exceptionnel.

Il y en a des bonnes . . . et des moins bonnes.

A droite, il y a un gouffre vers 1960 m qui a déjà avalé quelques randonneurs. Il est recouvert de neige, mais il vaut mieux ne pas aller tester la solidité de ce pont de neige.
On se remémore avec crainte rétroactive la montée épique d'un groupe du TPA qui allait réveillonner aux chalets de Vormy le 31 décembre 2003. Pris dans le brouillard, avec le jour qui déclinait, la situation aurait pu devenir périlleuse si par chance, un de nos animateurs brevetés sachant se servir d'une carte et d'une boussole n'avait été là pour sauver la situation.

A gauche, il y a des barres rocheuses qui ont également fait des dégâts dans les familles. Une trace bien formée  part dans leur direction. C'est le raccourci d'été qui va aux chalets de Vormy et qui, comme beaucoup de raccourcis dangereux exposent les randonneurs à des risques importants pour le prix de l'économie de quelques dizaines de mètres de dénivelée. Le TPA a hélas perdu un animateur sur un tel raccourci. Même avec un BRA de 2, une plaque peut partir sous la surcharge d'un groupe.

La solution est évidente, il faut passer au milieu, entre ces deux endroits dangereux.
Une trace est d'ailleurs faite par les randonneurs qui montent directement à la Tête de la Sallaz sans aller aux chalets de Vormy. Elle se dirige vers la borne cotée 2019. Cette décision oblige à monter 30 m supplémentaires dans une pente facile de 25 à 30°. C'est un petit prix à payer pour ne pas risquer sa vie.

 

3ème prise de décision 

 

Choix de l'objectif : trop tard pour Vormy.

 

Il est 13h15, la visite des Chalets de Vormy sera pour un autre jour.  

L'objectif est atteint. Le groupe pose devant les montagnes du désert de Platé.

Un groupe de skieurs qui avait atteint la Pointe d'Areu dévale les pentes ondulées avec joie. La portance de leurs skis est bonne et ils ne semblent pas être gênés par la neige pourrie.

Les chalets de Vormy hibernent, presque entièrement recouverts de neige. Ils se trouvent à 1893 m.

Pour aller plus loin, il va falloir descendre dans une neige gros grains, humidifiée sur toute son épaisseur  (50 cm), exposée en plein soleil. Elle cède par endroits sous la raquette qui s'enfonce à fond. Sûr, ce sera la galère ! Il est tard, le groupe a monté à la cadence mini. 750 m de dénivelée, c'est un max pour lui.
Pas question de rallonge de randonnée, on va manger à la Tête de la Sallaz malgré le petit vent de SW (supportable) et nous rentrerons par le même chemin.

4ème prise de décision

Choix d'une pause : il faut récupérer et admirer

Décision de faire une pause au soleil

A quoi sert de monter et de descendre.

D'abord faire de l'exercice et entretenir notre corps.

C'est bien, mais ne regarder que le bout de ses "godasses" a quelque chose de frustrant, de limitatif, de sclérosant.
Nous avons la chance d'habiter une région magnifique que beaucoup de touristes viennent visiter de très loin.

Le groupe a été sensible à la beauté et au calme des lieux et s'est arrêté d'un coup.
Il est vrai que le groupe des skieurs de la Pointe d'Areu, descendant avec grâce et agilité dans les pentes  environnantes, nous a rattrapé. Comme les gens au Pâquier la nuit des étoiles au mois d'août, allongés sur l'herbe, émerveillés par la brusque apparition des météores, nous avons été surpris par la rapidité de leur trajectoire, nous, lents escargots des neiges  rentrant nos cornes à leur passage, tétanisés par l'écoulement rapide de "leur" temps, nous nous sommes assis longuement pour bavarder comme savent encore le faire les méridionaux. Plaisir de l'échange, plaisir d'arrêter ce temps qui nous dévore et de sentir l'énergie de la terre. C'était notre   4ème décision.

5ème prise de décision  (incontrôlée)

Choix de laisser faire : le groupe déraille

Le leader informel

Le groupe avait bien manifesté sa préférence pour un retour par le même chemin qu'à l'aller pour éviter d'évoluer dans des pentes difficiles à pratiquer dans la neige pourrie, d'autant plus que certains participants  ne sont pas toujours des experts en snow-board. La majorité avait bien ratifié ce choix. Donc, option pour une descente "tranquille".

 

Mais, voilà, la neige est tentante.

 

Les névés avaient une telle attraction sur Ernest, le doyen du TPA, qui avait à l'époque de ses exploits, environ 86 ans, qu'il y plongeait avec délice, souvent suivi par quelques admirateurs, au grand dam des animateurs qui encadraient les sorties.

 

C'est l'action incontrôlée du leader informel qui fait déraillé un groupe.

Arrivés à la ligne de haute tension, la sente étant un peu monotone, certains participants suivent des traces en pleine neige (et il n'en manque pas). Le chalet des Vuardes est vite oublié.  1600 m, puis 1550 m. Le sentier est confortable, mais il est ouest au lieu d'être nord et descend beaucoup plus vite que celui que l'on devait prendre. Nous sommes sur le sentier d'été, celui de la trace montante des skieurs de ce matin.


Le leader informel a encore frappé !

 

Peu de participants se sont aperçus de la méprise et tout le groupe a suivi.

Cette situation se produit fréquemment et peu entraîner le groupe à la catastrophe ou l'obliger à remonter ou à faire des kilomètres supplémentaires avec un surcroît de fatigue.

L'arrivée en haut du tire-fesses n'avait rien de dramatique dans cette petite station connue et le groupe  fut contraint d'attendre les moins agiles.

 

Vous trouverz ci-dessous un article très intéressant sur les causes d'accidents (applicable surtout aux skieurs) et en particulier sur le rôle du leader informel dans des situations un peu délicates en montagne.

 

Ce n'était pas le cas de notre sortie P2 T2 typique.

 

Mais cette histoire nous rappelle que la vigilance de tous est nécessaire pour que  nos randonnées montagnardes restent un plaisir et que des décisions doivent être prises constamment en fonction des circonstances.

 

L'animateur n'est pas le capitaine de nos groupes, il n'en a pas les pouvoirs.

 

Il est plutôt un chef de bord qui n'a pas toujours de bons matelots.

 

Alors, pardonnez ses erreurs, mais restez vigilants.

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Pour ceux qui s'intéressent au plan de marche, voir le graphique ci dessous.

Merci pour votre intérêt  pour cet article.

 

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